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Gardons l’Hôtel-Dieu ouvert!

Jeudi le 5 avril 2012 par Pierre Fontaine

«Il y a des chirurgiens qui doivent remettre leurs patients à plus tard, (…), donc il y a des patients qui attendent depuis plusieurs mois, certains depuis quelques années», a déploré le Dr Paul Perrotte, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du CHUM.

Le 2 octobre 2011 TVA Nouvelles rendait publique une lettre du Dr Perrotte adressée au Ministre Bolduc dont ils avaient obtenue copie. On pouvait y lire notamment «(…) les listes d’attente pour les chirurgie au CHUM stagnent aux environs de 9000 patients, chiffre qui pourrait augmenter faute de lits d’hospitalisation

«À l’heure où nous investissons des sommes colossales pour bâtir le nouveau CHUM, nous ne pouvons qu’être pessimistes dans notre capacité de répondre à notre mission vis-à-vis de la population si la situation de la prise en charge par le réseau des patients en fin de soins n’est pas corrigée à court terme», écrit le Dr Perrotte.

Le Dr. Perrotte déplorait que des lits de soins aigus soient inaccessibles parce qu’ils demeuraient occupés par des patients en attente d’hébergement. C’est le problème des vases communiquants : le problème du manque de ressources d’hébergement ou de soins à domicile refoule dans les lits qui restent à l’hôpital. Le problème du manque de lits d’hôpitaux explique les débordements dans les corridors des urgences, ainsi que l’alourdissement des clientèles.

Cette situation problématique sert au final de justification pour recourir de plus en plus aux soins dans le secteur privé qui ébranle de plus en plus notre système d’assurance-maladie. À croire que c’est voulu.

Les fermetures de lis à Montréal

Au milieu de années 90, dans l’ensemble des provinces du Canada, des mesures furent mises en œuvre pour limiter la progression des dépenses globales de santé. Pour l’essentiel, le plan consistait à remplacer les soins en milieu hospitalier plus coûteux et couverts par le régime public d’assurance, par d’autres moins coûteux, et parfois échappant à  la couverture publique, notamment dans le maintien à domicile.

En pratique, cela se traduisit par des fermetures de lits massives. C’est le Québec qui joua le rôle d’avant-garde en cette matière au Canada, en particulier dans la région de Montréal où on ferma au total 2 651 lits, allant même jusqu’à fermer complètement 9 hôpitaux. Cela correspondait environ au tiers des lits de soins de courte durée de la région. Le nombre de lits pour 1000 habitants passa de 3,2 à 2,2 lits, bien en deçà de la moyenne canadienne qui était alors de 3,9 lits.

En théorie, la diminution de la durée des séjours et l’augmentation des chirurgies d’un jour, sans hospitalisation, auraient dû faire en sorte que l’utilisation des lits restants soit optimisée pour faire en sorte qu’on traite autant de gens qu’auparavant. Mais en réalité les chirurgies d’un jour diminuèrent et la durée des séjours ne diminua presque pas durant la même période.

Durant les années 1998-2002, la Régie de Montréal planifia une deuxième vague de fermeture de lits, encore plus de 700, de telle sorte que le ratio passa à 1,9 lit / 1000 habitants, soit l’un des plus bas au monde à cette époque. Pendant ce temps, les urgences débordaient et les listes d’attente pour des chirurgies ou des hospitalisations s’allongeaient. Aujourd’hui, en considérant l’augmentation de la population de la région (environ 5% par décennie), le ratio se situe à plus ou moins 1,7 lit / 1000 habitants. Bref, les choses sont loin de s’améliorer.

Un indicateur qui illustre éloquemment l’impact de cette diminution des lits est le nombre de personnes qui ont été hospitalisées. Ainsi, si en 1994-95 on avait pu hospitaliser près de 300 000 personnes dans la région de Montréal, seulement 214 000 ont pu l’être en 2008-09, et ce malgré l’augmentation de la population.

Finalement, le reste du Canada a fini par suivre l’exemple du Québec et diminua aussi considérablement ses lits à 1,8 / 1000 hab.

Montréal se situe donc maintenant près de la moyenne canadienne, légèrement en bas. Ceci dit, le Canada est désormais quant à lui au plus bas niveau de tous les pays de l’OCDE, ne devançant que le Mexique.

L’hôtel-Dieu doit demeurer ouvert !

La création du futur CHUM telle que projetée pourrait avoir un impact négatif sur la situation déjà fort problématique des lits à Montréal. Comme il sera consacré aux soins ultraspécialisés et considérant son rôle suprarégional, le manque de lits d’hospitalisation pour des soins de première et deuxième ligne pourrait être accentué.

Selon ce qui est actuellement prévu, seul l’hôpital Notre-Dame serait maintenu en fonction avec deux ou trois cents lits pour assurer ces services. Mais cela sera à l’évidence bien insuffisant.

Ainsi, il est prévu que l’Hôtel-Dieu ne conservera pas sa mission hospitalière. Or ce plan doit être changé car il y a un déficit de lits d’hospitalisation criant à Montréal, déficit qui est à la source  des difficultés de notre système de santé. Alors qu’il faudrait ouvrir des centaines de lits pour répondre adéquatement aux besoins, à fortiori, il ne faut pas réduire davantage le peu de lits qui restent.

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